Arctic Circle Trail, partie 2

Les 42 km de marche des deux premiers jours nous ont bien mis en jambe !  Aujourd’hui en quittant l’auberge de jeunesse avec nos sacs à dos complets, nous avons le sourire accroché aux lèvres. C’est le début d’une nouvelle aventure ! Si tout va bien, nous devrions retrouver la civilisation dans 9-10 jours.

 

Jour 3 : sur la route

L’ACT est un trek de plus en plus couru. Nous ne serons pas seuls à débuter la rando aujourd’hui : deux mecs en solo et le couple du bus prennent la route aussi. Mais très vite nous allons nous distancer et marcher seuls. Avant de quitter Kangerlussuaq nous remplissons 2 bouteilles de fuel pour notre réchaud à la mini station essence. Moins de 2 euros, c’est beaucoup plus économique que les bouteilles de gaz en vente en ville !

11h : nous quittons la zone de l’aéroport et rejoignons Old Camp, le « vieux Kangerlussuaq » puis entamons une grande montée. En fait le chemin va sans cesse monter et descendre (sinon ça ne serait pas drôle).

Il fait grand beau temps, c’est agréable… Nous sommes assez surpris du nombre de bus et de taxis qui empruntent la piste ! Au bout de la route il y a Kellyville, le petit port et le Fjord. On ne pensait pas que ça attirait autant de monde… Les sacs pèsent beaucoup sur les épaules et les hanches. Les petites pauses permettent de les ajuster et de poser les premiers straps sur les zones de frottement. Nico se méfie : sa morphologie fait que le sac frotte ++ sur les os du bas du dos. Sur le trek du Santa Cruz au Pérou, la douleur était devenue atroce, il faut à tout prix éviter ça.

15 h : C’est l’heure de la pause déjeuner avec vue sur le Fjord en compagnie des moustiques… On utilise pour la première fois les filets de tête et bénissons son inventeur.

Il y a deux bateaux de croisière dans le Fjord, les passagers sont transportés par zodiac sur la rive pour ensuite prendre un bus pour visiter Kangerlussuaq. On comprend mieux le trafic important de véhicules sur la piste… Nico décide de marcher quelques centaines de mètres de plus pour jeter un œil au port. En discutant avec 2 croisiéristes, il apprend que le programme de ce type de croisière est assez chargé : Angleterre > Îles Féroé > Islande > Groenland > Angleterre en deux semaines.

Je prends de l’avance et attaque la montée pour Kellyville. Les petites maisons en bois avec vue sur le Fjord sont ravissantes. Un lieu de retraite sans doute très paisible…

Je dépasse les deux roches peintes par des militaires figurant… une poitrine puis recharge ma gourde en eau dans le lac Helen. Au Groenland l’eau est très pure, nul besoin de pastilles de purification ou de paille filtrante.

Le petit bourg de Kellyville est en fait une base de recherche sur la ionosphère et l’atmosphère. Nico me rejoint, nous passons à côté du radar de 32m, pièce maîtresse des études. Ce sont les dernières maisons du chemin.

La montée se termine par une bifurcation. Un taxi est stationné là et attend les marcheurs qui finiraient le trek dans l’autre sens et qui n’auraient pas la motivation/l’énergie de marcher vers Kangerlussuaq. Il est également possible de se faire emmener à ce point depuis Kangerlussuaq. Le premier cairn de l’ACT est devant nous, il marque le début officiel du chemin de randonnée. Encore une étape de passée !

Nous sommes direct mis dans le bain avec une descente bien boueuse. Le premier lac du trek nous permet de remplir les gourdes, l’eau du lac que nous visons pour camper étant salé… Les deux derniers kilomètres sont trèèès longs… Le paysage lacustre est heureusement superbe, les eaux scintillent sous un grand soleil.

A 19h nous arrivons aux bords du lac Hundersø, fin de l’étape d’aujourd’hui 😊 Chaque portion du guide (que l’on peut suivre à la lettre ou pas ) se termine toujours par une hutte, petite habitation gratuite mise à disposition des marcheurs, des chasseurs et des pêcheurs. Un groupe de jeunes venus en taxi l’occupent déjà. Le terrain n’est pas très plat, on trouve tant bien que mal un ptit bout de terrain dégagé pour installer le campement. Juste devant le lac, on est trop bien ! 😄

Le silence est total. Une fois le soleil couché, le froid se fait ressentir. Cette fois le vent n’est pas de la partie. Dans la nuit je suis réveillée par un bruit sourd de sabots derrière la tente ?! Peut être un bœuf musqué ou un renne… Aucun doute nous sommes bien en pleine nature !


Les chiffres de la journée :

22,60 kilomètres

245 mètres de dénivelé négatif

420 mètres de dénivelé positif

8h15 de marche

5 marcheurs croisés


Jour 4 : l’apparition

Ce matin nous prenons le temps de profiter des lieux et tentons la toilette dans le lac (gelé).

Lars, l’allemand rencontré il y a 2 jours, a réussi à se baigner complètement, Nico l’imite, moi je me contente des cheveux ! Aller aux toilettes est aussi une petite expédition puisqu’il faut :

  • Trouver un lieux un peu à l’abri des regards (même si en général il n’y a personne) et éloigné d’un point d’eau. Sans arbre on ne peut compter que sur les gros rochers ou le relief du terrain ! 😄
  • Creuser son trou. Nous avons pour cela investi dans une magnifique pelle de rando !
  • Faire son affaire.
  • User d’un minimum de papier car on se le portera dans le sachet poubelle jusqu’à la fin du trek…
  • Reboucher son trou tant bien que mal pour ne laisser aucune trace visible de notre passage.

A 11h nous débutons la journée de marche. Si l’on suit à la lettre le guide, la distance moyenne journalière à parcourir est d’environ 20 km. Avec le soleil de minuit, les journées sont longues on peut se permettre de ne pas partir aux aurores.

Le terrain est marécageux, il faut donc slalomer pour éviter de s’enfoncer dans la boue. L’air de rien ça fatigue beaucoup et ça rajoute des bornes ! Nous voyons nos premiers bois de rennes laissés par les chasseurs.

Les lieux sont réellement paisibles. Aucun bruit. Aucune construction humaine. Pas d’âme qui vive excepté les oiseaux. Juste des lacs, de la roche et de la végétation typique du grand nord.

Le soleil tape de plus en plus. Nous randonnons en teeshirt au Groenland ! Qui l’eut cru ! Bientôt nous attaquons une montée dans ce que nous allons surnommer « la vallée aux moustiques ». C’est simple : nous n’avons jamais vu autant de nuées de moustiques de toute notre vie. Hors de question de s’arrêter sinon c’est le festin sanguin assuré pour ces sales bêtes. Dommage car le panorama depuis les hauteurs est magnifique !

Je m’en sors plutôt pas mal : 4 piqûres qui gonflent à vue d’œil ! D’ici la fin de la rando je m’attends à ressembler à Quasimodo… 😆 Nous doublons les marcheurs du dernier soir, nous nous faisons doubler par un nouveau groupe de mecs. Nous sommes maintenant 10 à trekker le même jour ( allemands, polonais, américains, français). On ne s’attendait pas à autant de monde et visiblement les autres marcheurs non plus ! Mais comme chacun va à son rythme on se voit finalement peu.

On profite du déjeuner en bord de lac pour tremper les pieds et se réguler car on souffre pas mal de la chaleur. Nous nous arrêtons ensuite de plus en plus souvent. Le guide papier nous donne beaucoup d’indications et le profil journalier du trek permet de se situer et de voir ce qu’il nous reste à marcher.

Certains marcheurs s’arrêtent avant l’étape histoire d’être tranquilles. Une bonne grimpette puis ça se complique. Les montées et descentes successives ont raison de notre moral (enfin surtout du mien), les sacs pèsent et les jambes sont lourdes.

On avale un mars et ça repart ! 😄 Au dernier kilomètre nous nous trompons de chemin et nous retrouvons sur une crête alors que le chemin est loin en contrebas. Pas le choix il va falloir descendre la colline sur un terrain très abrupte. Je suis prête à abdiquer, je sens les larmes monter… C’est à ce moment que surgit une apparition presque « miraculeuse » : un renne, juste devant nous. Nos pas s’arrêtent. Il nous regarde. Moment touchant mais fugace. Puis il poursuit sa route jusqu’au lac, là on nous devons aller ! Pour nous c’est un signe, un ptit coup de pouce de là-haut…

Nous terminons la descente et traversons une dernière fois un marécage pour enfin arriver sur la plage de Katiffik. Le renne revient juste devant nous pour brouter. Magique.

Il est 20h30 quand nous plantons la tente sur la plage. D’autres marcheurs arrivent du sens inverse. Lars, l’allemand rencontré le premier jour du trek, est déjà installé depuis un moment. Il a eu la chance d’arriver le premier et de trouver un canoé. Pour la 3 ème journée de trek on peut soit longer le lac à pied soit, si on de la chance, traverser le lac en canoë. Les canoës sont mis gratuitement à disposition des marcheurs mais il y en a assez peu, certains sont en très mauvais état, et comme nous sommes une majorité à trekker dans le sens Kangerlussuaq >Sisimiut, il y en a rarement de ce côté du lac. Lars nous propose de faire un essai demain matin pour voir s’il est possible de tenir à 3 dans le canoë avec les sacs, auquel cas il accepte de nous faire monter avec lui. Nous croisons fort les doigts !!!

Déjà 4 jours de marche en tout, un tiers du chemin de parcouru. En nous couchant ce soir et en faisant le point sur la journée, nous nous demandons si nos jambes vont tenir le coup. Mais demain est un autre jour !


Les chiffres de la journée :

20,40 kilomètres

357 mètres de dénivelé négatif

287 mètres de dénivelé positif

9h40 de marche

7 marcheurs croisés


Jour 5 : au fil de l’eau

Ce matin, nous sommes réveillés par un bruit d’embarcation traînée sur le sable. On a peur que Lars parte sans nous ! En fait ce sont les 3 garçons polonais qui s’apprêtent à partir, ils ont dégotté un canoë on ne sait où. On ne tarde pas à ranger le camp de peur de louper le départ (vous l’aurez compris ON VEUT CE CANOË !!).

L’essai de canoë est concluant, on tient à 3, youhou !! 😃 La chance est avec nous ! Il s’agit là d’un vrai canoë style Pocahontas donc très instable, au moindre faux mouvement on tombe tous les 3 à l’eau et nos sacs aussi ! Lars se positionne à l’arrière, Nico à l’avant et moi au milieu. Les garçons se chargent de pagayer (ça fait un peu cliché…^^).

Nous sommes tous les 3 très heureux de la journée qui nous attend. Il flotte un parfum d’aventure du bout du monde c’est grisant.

Nous faisons connaissance avec notre compagnon de route : Lars est de Hambourg, il est au Groenland pour 2 semaines juste pour l’ACT et lui aussi a pas mal voyagé notamment en Amérique du sud, on compare nos expériences. Vers midi nous rattrapons les 3 polonais qui se reposent en bord de lac. Le ciel de charge de nuages, il commence à faire froid. Bien que privilégiée, ma position dans le canoë n’est pas la plus confortable et je n’ose pas trop bouger de peur de nous faire chavirer.

Malgré ce petit inconfort et le mauvais temps, nous savourons la chance d’être dans cet endroit magnifique et si paisible. Le canoë file sur l’eau cristalline…

Après un peu plus de 3h de navigation , les garçons commencent à sérieusement fatiguer. Les jambes se reposent aujourd’hui ce qui n’est pas le cas des bras ! A 13h15, après quelques essais d’amarrage infructueux, nous trouvons une petite plage de sable pour la pause déjeuner. Lars en profite pour débuter sa collection de bois de rennes.

En début d’après midi nous croisons justement la route d’un renne qui broutent paisiblement sur le rivage. On s’approche mais ça ne semble pas le perturber. Celui-ci a un bois en moins.

La dernière partie du trajet est plus monotone : c’est une ligne droite. L’objectif est en vue mais il est si lointain qu’on a l’impression de ne pas avancer. Le soleil revient mais le vent commence à se lever. La quiétude du lac est rompu par de drôles de cris d’oiseaux noirs et blancs qui s’apparentent à des rires. On a l’impression qu’ils se moquent ouvertement de nous ! 😃

Nous atteignons enfin le dernier coude, la hutte est maintenant en vue. Le groupe des 3 polonais a abandonné le canoë et termine la journée à pied. Nous apprendrons plus tard que l’embarcation n’était pas étanche… Dernier coups de pagaies. 17h30 : nous arrivons à destination ! Chapeau aux garçons ! Enquiller 18,8 km à la rame c’était un beau challenge. Cela demande une bonne condition physique. On a d’ailleurs vu un couple dans l’autre sens abdiquer après moins d’1h de rame. Il est clair que sans Lars nous n’aurions pas réussi !

Nous visitons la hutte qui est très spacieuse et offre beaucoup de couchages mais nous préférons nous excentrer et camper sur une petite plage.

Un petit massage des épaules et des trapèzes s’impose. Ce soir nous nous couchons tôt car demain la journée s’annonce longue !


Les chiffres de la journée :

19,20 kilomètres

0 mètres de dénivelé négatif

0 mètres de dénivelé positif

7h00 de marche

2 marcheurs croisés


Les photos des jours 3 à 5 de l’ACT, c’est par ici !



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